Trajectoire par Yvan Marin

Parcours de vie, Présenté en mars 2019

Dès mon enfance  tout mon être est nourri  par le plaisir du beau. A cinq ans Au baptême de mon petit frère j’ai encore le souvenir d’avoir détaillé, comme mangé, toute la beauté de ce baptistère de l’église de Martigny C’est sobre, la patine du temps a encore simplifié les surfaces, la lumière caresse le travail d’un homme d'un autre temps . Je suis comblé d’une grande richesse je crois que c’est de cet instant que  l’envie de donner en sculpture, plus tard en photo, m’est venue. Mon parrain Henri Poffet, à la fin de la cérémonie me demandes: hé toi que feras-tu plus tard? Je réponds: sculpteur sur pierre et si c’est trop dur sculpteur sur bois! En fait aujourd’hui après avoir appris la pierre, j’ai choisi la terre c’est plus doux, plus sensuel, exigeant, la perfection impossible à atteindre, 13 ans Mes parents m'envoient travailler dans une boulangerie à Schoenenwerd. Mon père me prête son appareil photo mais je dois visiter le cimetière d’Aarau et photographier les plus beaux monuments. J’ai le sentiment que cela est mal mais d’un autre côté j’éprouve un sentiment de jubilation à la pensée de transgresser, voler du beau sans rien prendre matériellement, en fait sans laisser de trace, sans déranger mais en éprouvant du plaisir. Plaisir de prendre avec respect, déposer un bijou dans son écrin. Epurer pour garder dans ma tête, que ce moment savoureux de plaisir. Réussir à le mettre dans la boîte,on joue un tour au temps qui passe, encore une transgression on défie une loi physique, on fige l’éphémère pour l’inscrire dans le patrimoine. Je me suis laissé entraîner par trop en avant dans mon histoire. Je reviens donc au moment où mon père me confie son appareil de photo. Ma première photo : le clocher de l’église de Martigny à travers tilleuls et marronniers en bourgeons juste éclos. Pour développer et tirer sur papier on allait chez Oscar Darbellay. Sous son sourcils broussailleux un sourire bienveillant. Cette photo était belle, le hasard des choses y avait mis un air de poésie. 17 ans. Dimanche, Club alpin, les aiguilles de Planpraz, brouillard. Michel Darbellay le fils d’Oscar, me prend en photos dans les rochers avec lambeau de brouillard. Trois jours plus tard sur la place centrale de Martigny,  Michel m’appelle : Et Yvan, viens je tire un agrandissement de toi que je vais mettre en vitrine! Il m’invite à entrer dans la chambre noire et me fait une démonstration époustouflante de tout ce que l’on peut faire avec les mains,   la lumière,  le révélateur, virtuosité du métier. Ca y est je suis contaminé irréversiblement le virus de la chambre noire m’a eu jusqu’au trognon. 22 ans. Hermann Koziol Sculpteur à Stuttgart, m’invite à construire avec lui une fonderie de bronze à cire perdue. Herman demande à une photographe professionnelle de suivre les travaux. Elle a un Leica. Quelques jours plus tard je vais vider mon compte en suisse et je possède un Leica avec trois objectif interchangeables. L’Elmar 90mm me comble. Il voit comme moi. A  travers lui mes premiers portraits,  mes premières photos de gibiers.

Je m’aperçois que j’ai l'instinct  chasseur, chasseur photos, heureux de pouvoir tirer plusieurs fois, a la recherche de LA Photo, sans nuire sans déranger. 25 ans    (1963 pour situer) En Afrique, à N’den, je travaille dans une léproserie. La directrice me demande d’accompagner un  infirmier belge au nord Caméroun. Je vide une fois encore mon compte en suisse pour participer au frais par moitié. 3000 km, un mois d’aventures. Cela va être tout au long de ce voyage l’occasion de m’adonner a la photo sans retenue .Ébloui par ce monde fascinant. Pour situer notre voyage, en gros N’den est en forêt équatoriale proche du Gabon. Rei Bouba se situe vers le Tchad. Je vais vous parler de Rei Bouba, et plus particulièrement de la fin du Ramadan. Mais si vous permettez, je ne résisterai pas a vous conter une simple petite anecdote, parmis beaucoup d’autres restées aujourd’hui encore gravées dans ma mémoire


Dans la région de Poly et Fignolé  nous rencontrons le père Le Leu Avec lui nous rendons visite au faiseur de pluie c’est la saison sèche Il est au chômage car dit-il ce n’est pas la saison pour faire la pluie ! il est couché sur une natte il somnole.Son étui pennien bien en vue.  Il nous accorde la visite du lieu sacré d’où il fait de la pluie, Il nous accorde ce privilège, entre sorciers, nous dit-il. Une petite maison de terre, sur une colonne, le tout très aspergé de bière de mil. De retour sur sa natte il nous explique qu’il a trois femmes et que la plus jeune est très coquette, elle change ses feuilles tous les jours. Et puis d’un air un peu embarrassé, il demande au père Le Leu si il ne pourrait pas marier la petite sœur canadienne et pour combien ? Le père lui répond que cela coûterait 250 vaches. il avoue qu’il ne possède que 150 vaches. Pour le moment il ne peut pas En partant nous passons voir les trois épouses qui creusent le manioc, elles sont habillées d’une ficelle mince à laquelle est noué une petite branche de feuilles vertes devant et derrière. Elles ont un grand sourire, elle semblent vraiment très heureuses.

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Diaporama d'Yvan Marin

Un regard aiguisé, le goût du beau.

Des images noir et blanc des années 1964 au Cameroun.

A voir absolument...